02 mars 2006

critique du spectacle, "Maria de Buenos Aires"

mardi 14 février 2006, La Liberté, Florence Michel

Sous le charme de Piazzolla
critique · Salle comble pour «Maria de Buenos Aires» au Nouveau Monde, avec les musiciens de Triade en superforme. La mise en scène théâtrale a en revanche déçu.

Dites «tango», dites «Piazzolla», et le public se presse au rendez-vous. Ce fut le cas au Nouveau Monde samedi, où 270 personnes ont empli la salle pour découvrir la version fribourgeoise de «Maria de Buenos Aires» - qui y sera reprise du 17 au 19 février. Entre oratorio et petit opéra, l'unique création de ce genre de Piazzolla fait chavirer les publics du monde entier depuis 1968.
Dans le cadre du festival Le monde en fête à Villars-sur-Glâne, elle a réuni l'ensemble Triade pour la musique et Alain Bertschy pour la mise en scène. Alain Chavaillaz, le clarinettiste de Triade, avait écrit en 2004 un arrangement «de chambre», pour cinq musiciens au lieu de onze, qui a fait l'objet d'un CD et de plusieurs concerts.

SENSUALITÉ DU PERSONNAGE
L'ensemble est donc parfaitement à l'aise dans cette oeuvre où le tango flirte avec le jazz, la valse et l'univers très personnel de la fantaisie de Piazzolla. La partition passionne ses interprètes qui, samedi, étaient dans une forme éblouissante. Le public a apprécié, ovationnant Christophe Rody (flûte), Marc Paquin (violon), Orfilia Saiz Vega (violoncelle), Atena Carte (piano) et bien sûr Alain Chavaillaz.
La mezzo-soprano argentine Mariana Rewerski, dans le rôle-titre, est passée avec grâce de la pure interprétation vocale des concerts à une prestation théâtrale qui met en lumière, sans excès, la sensualité du personnage - métaphore du tango.

COMPLEXITÉ REDOUTABLE
«Née un jour où Dieu était saoul», Maria passe de l'innocence à la noirceur des bas-fonds pour finir dans une rédemption maternelle. Le livret surréaliste du poète Horacio Ferrer offre au metteur en scène à la fois de multiples pistes et une complexité redoutable.
Pour son premier exercice du genre et avec un minibudget, Alain Bertschy (chanteur lyrique et fondateur du Monde en fête) a pris des risques. Il a voulu, explique-t-il, «utiliser la palette sonore de l'oeuvre et des images du livret pour créer un monde onirique où il est plus juste de s'ouvrir et ressentir que comprendre et analyser».

MANQUE DE PUNCH
Sa ligne reste pourtant assez opaque pour le spectateur. Car on cherche malgré tout à comprendre les péripéties du chemin de croix de Maria, sa symbolique (le texte en espagnol est toutefois résumé dans une traduction distribuée à l'entrée). Difficile de se laisser aller au ressenti comme le voudrait Alain Bertschy, d'autant que la mise en scène et le jeu manquent par moments de punch et de flamme, chez les figurants en particulier.
L'émotion, c'est alors dans la musique qu'on la trouve. Ainsi la présence scénique du chanteur Daniel Garcia, qui tient l'autre personnage principal (El Duende), n'est-elle pas très convaincante alors que vocalement, l'artiste argentin a les qualités de ce rôle chanté et récité.
En accordant peu de place à la danse (ce qui en a déçu plus d'un), le spectacle a toutefois révélé un jeune duo plein de grâce, Chantal Imboden et Sebastian Tkocz, qui ont composé leurs propres chorégraphies. I


Posté par triade à 16:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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